Le chœur des femmes, Martin Winckler
Coucou mes lecteurs ! Nous nous retrouvons pour un nouvel article après quelques temps d'absence sur le blog... Je vous parle donc du roman Le chœur des femmes, paru en 2009 et écrit par Martin Winckler (de son vrai nom Marc Zaffran). Né en Algérie, Martin Winckler est médecin et militant féministe également connu pour être essayiste et romancier français. Il tient son site professionnel Winckler's Webzine et est également l'auteur du roman adapté au cinéma La maladie de Sachs. En 2019 paraît son roman L'école des soignantes qui fait office de « suite » à notre présent roman, nous plongeant dans un univers plus lointain, 30 ans plus tard aux côtés de notre chère Jean Atwood...
« Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de « Médecine de La Femme », dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste ! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit ? Qu'il va m'enseigner mon métier ? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre. »
Après cinq ans à errer dans ma bibliothèque, j'ai entrepris la lecture de ce roman l'année dernière. Néanmoins, je l'ai trouvé relativement complexe pour un individu externe au corps médical donc j'ai préféré arrêter ma lecture et la remettre à plus tard lorsque j'aurais plus de temps. Un peu d'humour... merci le COVID-19. J'ai donc profité du confinement pour reprendre à zéro cette lecture très riche en connaissances médicales. C'est pourquoi, pour ne pas compromettre la compréhension de l'œuvre j'ai cherché tous les termes qui m'étaient inconnus en les répertoriant. Bien-sûr, la lecture m'a pris presque un mois car je me suis octroyé quelques pauses dans ma lecture... (c'est un sacré morceau quand même !)
Nous suivons alors dans ce roman choral Jean Atwood, brillante interne à l'hôpital, quatre fois major de promo où elle effectue son dernier semestre d'internat aux côtés du Docteur Franz Karma, médecin généraliste dans l'Unité 11 au CHU de Tourmens. Dès le début du roman, je suis intriguée par l'ambiguïté sexuelle qu'offre le nom de cette jeune interne aux abords un peu austères qui ne semble pas apprécier son affectation. Supporter les logorrhées des patientes et leurs états d'âme ? Une perte de temps... Jean, ou « Djinn » préfère être au bloc et faire de la chirurgie gynécologique. Pour elle, réparer c'est guérir. Mais cette expérience va lui ouvrir les yeux sur ce qu'est réellement la médecine : écouter les patients, savoir se taire et déjouer les protocoles pour le bien-être de ceux-ci, c'est aussi ça. Dans ce roman, on dénonce la verticalité de la médecine, une tendance régie par le modelage universitaire où le médecin serait supérieur au patient, de par sa prestance, son titre et son savoir : « l'effet blouse blanche » paraît-il. Néanmoins, Martin Winckler rappelle bien que la médecine n'existerait pas sans patients tout comme il est important que le patient soit acteur de sa prise en charge et non qu'il la subisse (notamment ici dans le choix d'une contraception par exemple...). Ce livre nous dévoile également les maltraitances dont sont victimes certaines femmes, maltraitances que l'on ne soupçonnerait pas en tant que personne extérieure à la médecine. Il s'agit là d'une véritable éducation médicale, voire sexuelle, en parallèle de l'intrigue qui se profile autour de notre interne (ce n'est pas sans larmes que j'ai lu ce livre...), car ce « chœur de femmes » nous fait entrer dans leur intimité, leurs problèmes et leurs émotions grâce auxquels Djinn (et le lecteur, oui oui, à vous aussi) grandit... La nécessité de l'écoute, le respect du silence, mensonges ou non, rien n'est laissé au hasard dans ce roman, mais le devoir du médecin est de tout mettre en œuvre pour le bien-être de son patient.
Bien que long et complexe, je pense que ce roman est fondamental pour nous, toutes et tous (on peut également appliquer certains mauvais traitements de certains soignants à d'autres spécialités que la gynécologie). Atteinte d'endométriose, j'ai été d'autant plus touchée par ces femmes qui chantent leur vie, leurs ébats, leurs souffrances ou encore leurs jouissances.
Je vous recommande alors de lire ce livre, ou bien de suivre Martin Winckler (et ses actualités) sur les réseaux sociaux qui continue de soulever des sujets qui subsistent comme tabous malgré la société dite "moderne" dans laquelle nous vivons. Bien-sûr, restons positifs : tous les soignants ne sont pas maltraitants ! Mais malheureusement, les médecins négligents qui vous affirment que vos douleurs sont le fruit de votre imagination ou ceux qui vous culpabilisent existent encore...
P.S : ne pensez jamais que vous êtes folles, changez de professionnel, il en existe de très bons ! Ne subissez pas, soyez actrices. C'est votre corps. Bonne lecture à vous et à bientôt…